North Side Story

À l’origine de North Side Story, il y a chez Farid deux désirs personnels :

  • D’abord, un désir d’écriture originale en relation avec un auteur. Un travail déjà amorcé auprès d’Aziz Chouaki sur L’Etoile d’Alger en 2010, créée au Théâtre National de Chaillot. Il y racontait l’histoire de Moussa Massy, jeune chanteur kabyle dans l’Algérie des années 90 dont l’ambition est de devenir le Michael Jackson algérois. Rattrapé par la réalité sociale d’un pays en pleine ébullition, Moussa tente de s’accrocher à son rêve … depuis ce spectacle, Farid nourrit l’envie de revenir à l’écriture originale d’une forme théâtrale et dansée, entre la langue et le corps, le texte et la chorégraphie.
  • Ensuite, un désir de poursuivre son étude des thèmes sociaux, musicaux et artistiques qu’il a déjà traversés lors de ses précédents spectacles. Step (2018), sa dernière pièce, avait exploré les danses afro-américaines comme un questionnement de la place de ceux qui la pratiquent au sein de la société états-unienne. Afin d’élargir ses techniques de danse, il s’est également intéressé à l’univers du bal et du swing ; dans ce prochain projet, il poursuit ses recherches sur le jazz, ses compositeurs célèbres, ses interprètes inouïs. Au cours de ses recherches, il rencontre Viper’s dream, un feuilleton radiophonique écrit par Jake Lamar – le récit de la vie d’un gangster afro-américain de Harlem, roman noir épique baignant dans la musique. Jake Lamar est un américain atterri à Paris ; Farid, un français inspiré par le jazz noir-américain. Sur leurs chemins respectifs et inverses, les deux se rencontrent en un point : l’oeuvre de James Baldwin, qui les mène au jazz, aux clubs, à Harlem, à la grande dépression, à la drogue, au trafic, au sombre, au glauque, à la question raciale, au sublime, à la musique, à la folie qui s’empare des fous du jazz…

La curiosité et l’envie de découvertes jalonnent aussi son parcours, ses recherches, ses collaborations. Le CLEA mené en 2020 inspire aujourd’hui Farid et son équipe à concevoir un projet ambitieux, innovant et ancré dans le territoire du Boulonnais. Il travaille au Conservatoire de Boulogne-sur-Mer pour y mener des ateliers, un laboratoire artistique et la représentation de ses spectacles. Les gigantesques fresques de street art qui couvrent le territoire urbain deviennent pour lui le prétexte à une collaboration collective d’une comédie musicale de rue, comme une base d’écriture d’une scène de spectacle alliant danse, musique et paroles des habitants.
À l’époque, Farid imagine des scènes mythiques de comédies musicales, existantes et emblématiques, qui puissent être le support et le fil rouge de cette création : West Side Story ou South Pacifique, par exemple, fédèrent par leur indéniable qualité artistique ; elles sont aussi le support de propos sociaux ou politiques et offrent ainsi un écrin sublimé aux violences sociales : « la chanson est utilisée en contraste à la violence – on chante ce qui ne peut être dit ».
Aujourd’hui l’idée a parcouru son bout de chemin, et cette comédie musicale sociale semble plus que jamais l’opportunité pour lui de conjuguer tous ces différents désirs en une seule forme plurielle, ambitieuse et facilement transportable.
L’objectif : raconter le jazz à travers l’histoire insensée d’un technicien de conservatoire qui bascule dans l’ultra- violence, faute d’avoir pu réaliser son rêve : devenir une star de Broadway.



CRÉATION 2022